Je viens de découvrir un magazine : « cerveau & psycho » . J'y ai trouvé du grain à moudre avec un article de Jean-Claude RICHOZ, professeur-formateur à la haute école pédagogique de Lausanne . « Comment gérer les classes difficiles ». J'entends mes collègues -amies- susurrer que les classes difficiles n'existent pas au Lycée D. Oui, pas dans "mes" sections d'aide à la personne.

Qu'est ce qu'une classe difficile ? L'étiquette se pose lorsqu'un enseignant est empêché d'exercer correctement son métier et que la majorité des élèves ne peut plus se concentrer et travailler dans le calme, à cause de perturbations plus ou moins intenses et durables. La plupart du temps, les problèmes sont mineurs: bavardages, passivité, refus de travailler, agitation.. mais leur accumulation finit par paralyser le travail de l'enseignant et des élèves. Les transgressions graves – agressions physiques – sont rares. J'ajoute qu'une classe devient difficile parfois dans un contexte relationnel et des circonstances particulières. Le piège pour les enseignants est de se croire impuissants en attribuant à des causes extérieures à la classe l'origine des problèmes .

M.Richoz précise que les classes difficiles sont le fait d'élèves perturbateurs, agités ou opposants ! Bien, j'entends. Dressons le portrait de ces élèves

  • le perturbateur (beaucoup vont se reconnaître) : il bavarde souvent – est ce blâmable ? J' ai été une incorrigible bavarde  - , dérange la classe, ne respecte pas les règles, chahute, attire l'attention de ses camarades, les distrait, les fait rire, interrompt l'enseignant, est bruyant, fait ses remarques et commentaires à haute voix, est rarement agité.

  • L'agité: ne se tient pas tranquille sur sa chaise, se lève, joue, se laisse distraire, est impulsif, prend la parole sans demande, peine à terminer son travail, ne fait pas ce qu'on lui demande, est peu ou mal organisé, oublie ses affaires. Il est souvent aussi perturbateur.

  • l'opposant: refuse de travailler, de faire ce qui est demandé, conteste, répond à l'enseignant, est grossier, insulte, fait des crises, ne fait pas ses devoirs.

Selon les statistiques, il y aurait en moyenne, 5 élèves difficiles par classe..

Pour agir en amont, il est nécessaire que l'enseignant établisse une relation d'autorité chaleureuse qui repose sur un trépied :

  • - Autorité du statut : droit et devoir de faire respecter un cadre de travail. La mission de l'enseignant est d'enseigner. Pour ce faire, il est en droit d'exiger et d'obtenir des élèves, un respect des règles de fonctionnement et de travail. Ce droit est à considérer comme un devoir et une responsabilité à assumer par l'enseignant. Pratiquement, l'enseignant va établir des règles – déplacements, prises de paroles,  chewing-gum, se lever à l'arrivée du professeur, matériel nécessaire, oublis, retard - bref, la gestion du quotidien. C'est un préalable afin que les élèves sachent ce que l'on attend d'eux. Chaque enseignant a ses propres zones de tolérance. Aux enfants à s'y adapter..

  • Autorité de compétence: maitrise dans le domaine du savoir ou savoir-faire enseigné . C'est un préalable important.

  • Autorité intérieure: maitrise de soi, détermination, courage. Un point délicat..

Beaucoup d'enseignants n'osent pas s'imposer devant une classe parce qu'ils doutent, croient que ce n'est pas justifié, ont peur de passer pour autoritaire.. préfèrent la relation amicale de copinage. Pour établir un climat de travail satisfaisant, il est légitime et nécessaire de s'imposer justement et avec respect des élèves et ce, dès le premier jour de classe, en leur adressant un message clair et une explication du bien-fondé des règles .

Et les transgressions ? Les sanctions adaptées, justes et proportionnées sont à prévoir car il n'existe pas de système avec des règles sans sanctions. Trop souvent les élèves sont punis mais pas sanctionnés ! Je m'explique : une sanction sécurise le jeune, et il n'est pas nécessaire de sanctionner souvent... Sanctionner sans punir ? La nuance est subtile. Une sanction est une peine à endurer, un prix à payer pour avoir commis une faute ou erreur, transgressé une règle (ou plusieurs  ). La grande différence est dans l'attitude de l'enseignant. Sa façon de signifier la sanction et son intention au moment où il agit, feront que la mesure sera une sanction et non une punition injuste et humiliante qui engendre la rancœur. La sanction est éducative lorsqu'elle est juste car elle aide le jeune à prendre conscience de la transgression, à prendre ses responsabilité, à réparer les torts causés. L'intention doit viser le comportement de l 'élève, pas sa personne. Dire à un jeune, qu'il n'est bon à rien, le traiter de nul, des remarques telles que "ça ne m'étonne pas de toi!" .. sont  de graves blessures, et une punition. Dans les établissements scolaires, c'est souvent la punition qui est privilégiée et je suis d'accord avec l'auteur, pour souligner que c'est l'une des raisons de l'augmentation de l'indiscipline. Cependant, il est tout aussi nécessaire de sanctionner : avertir, menacer, ne mène à rien. Les élèves développent alors un sentiment d'impunité qui a des conséquences désastreuses.

Les enseignants doivent se déterminer mentalement à intervenir tels des arbitres .. Raffa - Rafael Nadal pour les non-initiés - lorsqu'il rentre sur le court , sait que s'il transgresse, il  aura une pénalité ! Ils doivent aussi apprendre l'art de sanctionner et imiter l'attitude de l'arbitre : il lève le bras, annonce la faute, n'est pas agressif, ne fustige pas le joueur, ne le juge pas, est souvent compassionnel et applique la sanction.

Que faire lorsque ce sont les parents qui refuse la sanction imposée à leur enfant ? Être ferme et avec l'appui de sa hiérarchie, dire que les enseignants sont des professionnels et que les parents n'ont pas à intervenir dans les classes (tout comme les professeurs n'interviennent pas dans les familles). Des frontières nettes sont structurantes pour tout le monde.. Cela exige de l'enseignant conviction, détermination, de se faire confiance, de croire en ce qu'il fait.

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